Peu après la rentrée 2024, le Sgen-CFDT Côte d'Azur a proposé aux collègues travaillant en collège de donner leur avis les groupes de niveau / de besoin (?) créés cette année en 6e et en 5e.
Afin de ne pas alourdir la charge de travail des collègues, nous avons choisi de proposer une enquête brève, reposant sur 5 questions fermées axées sur l’organisation concrète dispositif, suivies d’une question ouverte : « quel est votre avis sur la mise en place de groupes en 6e et en 5e ? ».
Nous remercions chaleureusement les 44 collègues qui ont pris le temps de répondre à notre enquête.
Concrètement, comment sont organisés ces groupes ?
L’organisation en 6e
L’organisation en 5e
Un·e collègue intervenant dans un groupe est absent·e, et donc…?
Du côté des élèves
Ce dispositif est-il efficace pour les élèves ? Les avis des collègues sont très partagés.
Certain·e·s estiment que globalement, ces groupes constituent un plus…
- « Pour les élèves en grande difficulté, c’est une grande chance de travailler à leur rythme »
- « Les bons élèves sont plus challengés et on peut leur proposer des exercices aux énoncés plus compliqués sans laisser de côté une partie de la classe. »
- « Les groupes de moyens bons sont géniaux. On va plus vite, on va faire plus de choses (problèmes ouverts, possibilité de faire des activités différentes,… »
- « Les élèves sont plus à l’aise et pour les plus faibles, plus en confiance. »
…Et d’autres sont très critiques
- Ces collègues estiment que ces groupes de besoins, officiellement destinés à remonter le niveau des élèves, sont inefficaces, voire contre-productifs :
- « Pour les groupes (…) moyens et ceux en difficulté on constate déjà les limites du choc des savoirs. » ; « Pour les groupes de faibles, l’écart se creuse »
- « Immenses difficultés des élèves placés dans les groupes faibles (des élèves ne sachant ni lire, ni écrire, ni compter et ne maîtrisant pas le cycle 2, qui auraient souvent dû relever de la SEGPA), la progression est beaucoup plus lente. En fin d’année, ils n’auront pas suivi tout le programme et les écarts avec les autres élèves vont s’aggraver ».
Des collègues pointent le fait que la dynamique de classe est affectée :
- « aucun entrain, pas d’élève pour les stimuler ils n’ont pas le groupe classe pour les motiver »
- « La dynamique de classe est mise à mal (les élèves ont du mal à se repérer notamment en 6e) »
Ce dispositif pose problème à des élèves, ce qui inquiète leurs enseignant·e·s :
- « Compliqué pour les élèves qui arrivent en cours d’année. »
- « Les élèves de sixième perdus. »
- « L’aspect humain du côté des élèves n’a pas été pris en compte. Comment justifier qu’un élève de sixième puisse changer 2 à 3 fois de professeur en mathématiques et en français pendant l’année ? »
Du côté des enseignant·e·s et des personnels de direction
La réforme est chronophage
- « demande de l’investissement pour que chaque groupe suive la même progression »
- « Une semaine de travail supplémentaire : créer la barrette et l’intégrer dans EDT (au forceps quand un professeur est en poste partagé) » ; « Surcharge énorme de travail pour le principal adjoint ».
Très gourmande en moyens horaires, la réforme impacte négativement d’autres dispositifs
- « Perturbe les projets interdisciplinaires encouragés par ailleurs. »
- « affectant les groupes de Langue et de Sciences »
- « perte de demi-groupes en sciences, langues… »
- « Sorties et projets complexifiés »
Des collègues sont visiblement en souffrance
- « Difficulté à respecter les mêmes attendus entre les groupes. »
- « Le groupe des « fragiles » n’est pas facile à gérer : 15 élèves en difficulté qui ont tous besoin d\’aide en même temps et qui ne sont pas autonomes. »
- « C’est assez frustrant de ne pas pouvoir les aider et de ne pas avoir d\’élèves ressources, autonome qui pourraient aider leurs camarades. »
- « Source de stress pour être au même stade et atteindre les même objectifs avec chaque groupe. »
Parmi les collègues ayant répondu, plusieurs émettent des objections de principe
- « caractère discriminant et contraire à la mission de service public que nous devons défendre »
- « Cette solution n’est moralement pas acceptable car les élèves ont subi un tri irréversible. »
La démarche est également critiquée
« Nécessité d’une expérimentation préalable, encadrée par des évaluateurs « objectifs », dans quelques collèges : des personnels de terrain, des chercheurs… »
L’avis du Sgen-CFDT Côte d’Azur
Dès janvier dernier, nous avons exprimé notre refus des groupes imposés par Gabriel Attal.
Même si quelques collègues sont satisfait.e.s, globalement, cette enquête montre que nos craintes étaient fondées.
Le Premier ministre a annoncé que le dispositif sera généralisé à partir de la rentrée prochaine en 4e et en 3.
Sans concertation, sans évaluation de l’expérimentation que le gouvernement mène actuellement sur deux cohortes de collégien.ne.s.