Les choix opérés depuis 2017 rendent-ils l'école porteuse de sens et moins inégalitaire ?
Permettent-ils de restaurer la confiance des citoyen.ne.s en notre système éducatif ?
La réponse est claire : non.
Par deux fois, Emmanuel Macron a été élu en battant la candidate du Rassemblement national, en 2017, et en 2022. Suite à sa réélection, il a d’ailleurs fait une déclaration à l’adresse de ses électeurs de gauche : « Vous m’avez élu pour faire barrage à l’extrême droite. Ce vote m’oblige« .
En 2017, il défendait, pour l’école, un projet d’ « émancipation pour construire l’égalité des chances ». Réélu en 2022, il fait toujours de l’éducation une de ses priorités, en la présentant comme son « domaine réservé ».
Les élections européennes approchent. En France, de nombreux sondages donnent en tête le Rassemblement national, d’autant que l’abstention menace d’être élevée.
Le vote en faveur de l’extrême droite repose sur le racisme, mais aussi sur un sentiment de déclassement social. De ce point de vue, l’école constitue un enjeu politique considérable : si elle n’assure pas son rôle émancipateur, si elle ne lutte pas contre les inégalités sociales, elle ne peut qu’alimenter le ressentiment de celles et ceux qu’elle laisse sur le côté.
Le 27 mai dernier, dans un discours adressé à des jeunes à Dresde, Macron a appelé à « se réveiller » face au « vent mauvais » de l’extrême droite « qui souffle en Europe ».
On montrera ici que, loin de réparer notre système scolaire, les choix fait depuis 2017 l’abîment en profondeur, le pompier pyromane qui est à la tête du pays ne peut qu’attiser le vote en faveur du Rassemblement national.
Depuis 7 ans, fast pol et « compol » (P. Watrelot)
Les cinq ministres qui se sont succédé depuis 2017 accumulent les réformes – précisons qu’actuellement, nous avons trois ministres de l’Éducation nationale pour le prix d’un : Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Nicole Belloubet…
De la maternelle à la Terminale, c’est toute l’école qui est transformée avec brutalité.
L’école d’Emmanuel Macron, c’est celle du tri social, de la défiance envers la jeunesse, de la compétition entre jeunes pour accéder aux formations post-bac, du « quand on veut on peut ».
Du côté des personnels, l’école d’Emmanuel Macron, c’est une successions de changements imposés sans concertation, la remise en cause de la liberté pédagogique, la perte du sens, et, pour beaucoup, l’épuisement, le découragement, la souffrance au travail.
- Les métiers de l’enseignement ne cessent de perdre en attractivité, un phénomène préoccupant qui concerne plusieurs pays d’Europe.
- La revalorisation salariale promise est, en bonne partie, de la poudre aux yeux.
- Les conditions de travail des enseignant.e.s, des PSY-EN, des CPE, des personnels de direction se sont dégradées.
Difficile de récapituler les réformes incessantes de ces 7 derniers années, tant elles ont été nombreuses. En voici quelques-unes.
Juin 2017, annonce de la réforme des rythmes scolaires dans le 1er degré, – sans évaluation de la réforme précédente – avec mise en œuvre à la rentrée scolaire 2017.
Retour à la semaine de quatre jours dans les écoles primaires, les communes pouvant choisir entre la semaine de quatre jours et celle de quatre jours et demi.
Février 2018 : réforme du baccalauréat et mise en œuvre à la rentrée 2019, avec la première session du nouveau bac en 2021.
- Suppression des séries (L, ES, S) au profit d’un tronc commun et de spécialités.
- Introduction du contrôle continu pour 40 % de la note finale.
- Redéfinition des enseignements au lycée avec des spécialités et un tronc commun.
- Mise en place du grand oral et de nouveaux enseignements comme les sciences numériques et technologiques.
Février 2018, réforme de l’orientation :
- Création des « heures d’orientation » au lycée et mise en place des « semaines de l’orientation » – le tout non financé.
Dans les faits, la formation à l’orientation est très inégale suivant les établissements et les classes – pour le plus grand profit des organismes privés.
- La loi ORE (Orientation et réussite des élèves) met en place la plateforme Parcoursup pour l’affectation post-bac.
Sans que le terme soit jamais prononcé, la sélection est instaurée pour l’accès aux formations universitaires.
Accéder à une formation dans le Supérieur devient un parcours du combattant. Chaque élève de terminale doit se vendre sur Parcoursup, en espérant que son dossier sera sélectionné. Les listes d’attente parfois interminables affolent les jeunes et leurs familles.
Or, le véritable problème, en amont, est celui de la faiblesse des moyens accordés aux universités (ayant aussi pour conséquence inquiétante le recours croissant à des personnels non titulaires, qui représentent à présent la majorités des enseignant.e.s dans les universités). Un article du Monde alerte sur la situation dramatique de l’Université : « Entre 2008 et 2021, le nombre d’étudiants a augmenté de 25 %, quand le budget de l’enseignement supérieur a progressé de moins de 10 %. »
Parcoursup, contrôle continu… les jeunes et les familles sont focalisés sur les notes, les relations entre les enseignant.e.s et les élèves deviennent de plus en plus tendues dans les lycées.
Le nouveau bac implique de choisir judicieusement les spécialités, ce choix étant important pour la poursuite d’étude, et toutes les familles ne sont pas également outillées pour élaborer des stratégies efficaces.
Les familles, stressées, recourent de plus en plus au soutien scolaire privé et aux coachs.
Février 2018, réforme du lycée professionnel avec mise en œuvre à la rentrée scolaire 2018 :
- Création des Campus des métiers et des qualifications (regroupement de lycées professionnels, de centres de formation d’apprentis (CFA), d’établissements d’enseignement supérieur et d’entreprises).
- Augmentation de la durée des stages en entreprise pour les élèves.
- Introduction du dispositif « seconde famille de métiers » : en classe de seconde, les élèves choisissent une famille de métiers (regroupant plusieurs spécialités proches) avant de se spécialiser davantage en première.
- Transformation de l’organisation du bac pro : réduction du nombre d’épreuves terminales et renforcement du contrôle continu.
Février 2018, réforme de la maternelle avec mise en œuvre à la rentrée 2019.
L’âge de l’instruction obligatoire est abaissé de 6 à 3 ans…
Cette réforme contraint les communes à financer les maternelles de l’enseignement privé, renforçant l’attractivité de celui-ci.
Mars 2022, annonce de la réintroduction des mathématiques dans le tronc commun en classe de première pour les filières générales, avec mise en œuvre à la rentrée 2022.
Supprimer les mathématiques n’était donc pas une bonne idée, cela aurait été bien d’y penser lorsque la réforme du bac a été mise en place…
Février 2019, annonce de la Loi de transformation de la fonction publique, mise en œuvre à partir de 2020.
Les CAPA ne sont plus consultées sur les mutations, les promotions et les avancements.
C’est grosso modo, la fin du paritarisme.
Les personnels se retrouvent seuls face à l’administration et ne bénéficient plus du travail monumental que les élu.e.s faisaient pour améliorer les mutations et les promotions.
Février 2023, présentation du PACTE enseignant.
Le PACTE est dans la logique « travailler plus pour gagner plus », alors que les personnels réclament d’être payés décemment pour le travail qu’ils font déjà.
Un casse-tête pour les personnels de direction.
Avril 2023, annonce d’une nouvelle réforme de la voie professionnelle – sans évaluation de la précédente réforme -, avec mise en œuvre à partir de la rentrée 2023.
- Les programmes sont révisés.
- Les liens avec les entreprises sont renforcés.
- La réforme développe l’apprentissage en intégrant des apprentis au sein des lycées professionnels.
- Les formations sont revues en fonction des besoins du marché du travail.
Novembre 2023, parution des textes concernant le nouveau stage d’observation de seconde, un dispositif qui avait été annoncé deux mois avant, et que la CFDT Éducation, Formation, Recherche Publiques rejette en CSE.
Ce stage à caractère obligatoire doit être effectué pendant les deux dernières semaines de juin.
Que se passe-t-il si ce stage n’est pas effectué ? Mystère. Le gouvernement prend des décisions dans l’urgence, sans anticiper, mettant adultes et élèves en difficulté.
Aucun rapport de stage n’est prévu.
Le suivi des stagiaires va être très compliqué : en juin, la plupart des enseignant.e.s sont alors pris.e.s par les corrections et les surveillances.
Le véritable objectif de ce stage ne serait-il pas d’occuper les élèves ?
Fin mai 2024, c’est la panique pour beaucoup d’élèves, qui seraient autour de 50% à n’avoir trouvé aucun stage.
Décembre 2023, annonce par Gabriel Attal du « choc des savoirs », aussitôt rejeté par toutes les organisations syndicales comme par les familles :
- Les enseignants auront désormais le dernier mot en matière de redoublement. Ils pourront « recommander voire prescrire » à leurs élèves des stages de réussite durant les vacances scolaires, conditionnant leur passage dans la classe supérieure.
- De nouveaux programmes dans le 1er degré s’appliqueront pour les classes de la maternelle au CE2 dès septembre 2024, puis à la rentrée 2025 en CM1 et CM2.
- Dans le 1er degré, les manuels de lecture et de mathématiques seront labellisés.
- Le ministre décide de mettre en place des groupes de niveaux au collège dès la rentrée 2024 pour les 6e et les 5e, et à la rentrée 2025 pour les 4e et les 3e – alors que les études portant sur de tels dispositifs démontrent leur nocivité.
- L’accès au lycée va être conditionné au brevet.
- Le brevet va être rénové à partir de la session 2025, avec de nouvelles règles pour le calcul de la note du contrôle continu, et un poids accru des épreuves du brevet, qui se représenteront 60 % de la note finale, au lieu de 50 % aujourd’hui. Les élèves n’ayant pas obtenu leur brevet et désirant entrer en seconde générale feront une année en prépa-seconde.
- Au lycée professionnel, des groupes réduits en mathématiques et en français sont mis en place, mais à moyens constants, au détriment d’autres dispositifs, comme la co-intervention.
- Une épreuve anticipée de mathématiques et de culture scientifique est mise en place en fin de classe de 1re générale et technologique à partir de l’année scolaire 2025-2026.
À compter de la rentrée prochaine, c’est la fin du collège unique.
Les 6e et les 5e vont être triés en mathématiques et en français. Seront-ils parmi les bons, les moyens, ou les faibles ?
L’étiquetage imposé par les groupes de niveau constituent une véritable violence envers ces collégien.ne.s, et une source de ressentiment pour les familles.
Décembre 2023, annonce de l’expérimentation de l’uniforme (renommé « tenue commune ») à la rentrée 2024 dans des établissements volontaires, avant généralisation éventuelle à la rentrée 2026.
Une idée portée par la droite et par l’extrême droite.
Mars 2024, parution de textes stipulant que le brevet sera nécessaire pour accéder en Seconde générale, technologique ou professionnelle et présentant les « prépa-2de ».
On voit mal comment les prépa-2de pourraient remédier aux difficultés des élèves qu’on y aura envoyé.e.s, étant donné la faiblesse du volume horaire consacré aux enseignements disciplinaires (20 h par semaine, contre 26h par semaine au collège).
Le combo groupes de niveau + brevet obligatoire pour accéder en seconde risque d’être désastreux pour les élèves les plus fragiles, et de générer une colère compréhensible.
Avril 2024, annonce de la réforme de la formation initiale, avec mise en œuvre à la rentrée 2024.
Tous les concours, sauf l’agrégation, auront lieu à bac + 3.
Début juin, beaucoup de points concernant cette réforme majeure restent flous. Un accident industriel se profile, c’est pourquoi nous demandons le retrait de cette réforme.
Avril 2024, les nouveaux programmes des cycles 1 et 2 sont bâclés en 2 mois.
Avril 2024, suite à plusieurs faits-divers violents impliquant des adolescents, le Premier ministre, Gabriel Attal, annonce l’ouverture de tous les collèges entre 8 heures et 18 heures (l’intendance suivra) et le fait que les élèves les plus perturbateurs seront sanctionnés sur leur brevet, leur CAP, leur bac. Enfin, il sera possible de sanctionner les parents « en cas de dérive de leur enfant, en cas de défaut manifeste d’assiduité, en cas de non-participation des parents à l’éducation de leurs enfants» (Libération, citant Attal).
Enfermer les jeunes, menacer, sanctionner – plutôt qu’éduquer -, mettre en cause les parents : des choix qui plairaient à l’extrême droite.
Avril 2024, premiers « séjours de remobilisation » ou « séjours de rupture » visant à prévenir le décrochage scolaire.
Dans l’académie de Nice, un premier séjour de remobilisation a eu lieu au lycée du Parc Impérial pendant les vacances de printemps.
Une vingtaine d’adolescents, « encadrés par une équipe de quinze adultes – professeurs, éducateurs, réservistes de la gendarmerie, psychologues » (Le Monde) ont eu des cours d’histoire de France, ont appris La Marseillaise, nettoyé des tombes de morts pour la patrie (!), fait du sport et du théâtre, et ont été sensibilisés aux méfaits des drogues, de l’addiction aux écrans, de la désinformation ou encore du harcèlement.
Ces douze jours de stage en internat ont coûté 60 000 euros, selon Libération…