Un mouvement de jeunesse protéïforme à ne pas caricaturer

"Les lycéens", "les parents", "les profs", "les CRS", ce type de généralisations abusives et l'utilisation du mot "les" de manière générale nous sort immédiatement de la nuance et de la prise en compte des situations locales dont nous aurions pourtant grand besoin en ce moment.

En France, on a toujours dans un petit coin de notre tête l’espoir qu’on pourrait trouver une idée. Une solution qui fonctionnerait pour tout le monde, partout. On est psycho-centralisé. Sauf que ce mouvement de jeunesse nous le montre bien : pas un lycée ne vit la même chose au même moment.

Le spectre est large entre celui dans lequel on n’a pas l’intention de lâcher quoi que ce soit tant qu’on n’a rien obtenu de concret et celui dans lequel les cours ont repris comme si de rien n’était… Ça part même tellement dans tous les sens qu’on peut changer trois fois d’avis dans la même journée (dans la même minute ?).

Démocratie ou des mots crasses, ici ?

Que penser lorsqu’on apprend que des collègues ont eu la peur de leur carrière (de leur vie ?) en étant confiné·es dans leurs classes ? Confiné·es parce que des casseurs (pas besoin de point médian…) sont entrés de force dans un lycée et ont provoqué un confinement par la terreur et le saccage ? Que la démocratie recule.

Que penser lorsqu’on découvre des témoignages exemplaires d’adolescent·es capables d’exprimer calmement des revendications très précises et édifiantes ? Comme « on va vers un chaos climatique et on nous impose des rythmes scolaires d’usine » ? (Toi l’adulte qui lis ce texte, tu as déjà vécu une journée de 9h, voire 10h de formation ?) Que la démocratie avance.

Que penser lorsque depuis des années, l’UNSA Police jette de l’huile sur le feu ? En publiant, par exemple, un communiqué nauséabond sur une partie de la jeunesse, appelant au « combat » contre des « nuisibles » ? Que la démocratie recule.

Que penser lorsqu’une collègue expérimentée propose judicieusement de nouveaux outils démocratiques à une trentaine de représentant·es du lycée pour qu’ils et elles s’auto-organisent et débattent entre elleux. En se donnant des rôles pour distribuer la parole, couper les digressions, minuter les interventions, prendre des notes, etc. ? Que la démocratie avance et que les adultes (allez, généralisons !) pourraient s’inspirer de ce type de pratiques…

Hey les adultes ! Et si on commençait par nous-mêmes ?

Toutefois, on sait quoi penser lorsqu’un ministre décrète de son bureau hors-sol qu’il va falloir appliquer du jour au lendemain une mesure bricolée à la va-vite pour faire rentrer les lycéens et les lycéennes en classe (difficile de faire rentrer le dentifrice dans le tube, une fois qu’il est sorti, hein ?).

Ce n’est pas notre vision du travail, de la confiance qui devrait être enfin accordée au terrain, à l’intelligence collective dans les établissements, aux assemblées de lycéen·nes qui apprennent à s’organiser. Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton imaginaire à Paris pour que tout se mette en place « en province ». Il ne suffit pas d’appuyer sur le même type de bouton pour que tout le monde se mette en grève (vieux rêve syndicalo-politique du Grand Soir).

C’est pourquoi, dans une situation aussi confuse, la CFDT Éducation a déposé un préavis de grève permanent jusqu’à la fin de l’année. Ceci afin que chacun·e, chaque collectif de travail, puisse être couvert par notre caisse de grève interne et surtout que les collègues puissent « prendre en main leurs propres affaires » comme nous y invitait déjà Edmond Maire, qui a été le secrétaire général de la CFDT de 1971 à 1988…

Et, toujours cette réflexion quant au fait que cette violence quasi exclusivement masculine devrait nous interroger.