En partant du constat selon lequel l’emploi des IA génératives est de plus en plus fréquent de la part de nos élèves, nous avons lancé une enquête flash sur ce sujet afin de recueillir les avis des collègues sur ce thème, ainsi que les besoins qu'ils formulent.
Voici le bilan de cette enquête
La participation a été faible, avec 37 réponses. Les collègues qui ont participé à cette enquête enseignent en collège et en lycée, débutent dans le métier ou sont chevronné.e.s.
Cette enquête donne donc un aperçu de la façon dont les enseignant.e.s vivent l’arrivée des IA génératives.
La question de la triche

« Les élèves ne savent même plus comment faire sans les IA. »
Plusieurs collègues s’inquiètent de l’impact des IA génératives sur la capacité de réflexion des élèves.
En deux ans, les IA génératives ont énormément progressé.
En français, par exemple, elles sont capables de répondre à des questions d’analyse portant sur des textes, de proposer des commentaires honorables, des dissertations – malgré leur tendance à inventer des citations -, et à peu près tous les écrits d’appropriation imaginables.
Un.e collègue qui enseigne en lycée : « Le contrôle continu en 1e et Tle accentue le problème. J’enseigne dans le privé : la direction reste très frileuse quant aux sanctions à appliquer, en raison du poids des notes dans le dossier pour Parcoursup. »
La triche se généralise au lycée, en raison de l’importance du contrôle continu. Il y a fort à parier qu’il en sera de même en Troisième, si l’obtention du brevet devient nécessaire pour passer en Seconde, comme le prévoyait le gouvernement précédent.
La triche est de plus en plus massive et, comme le signalent plusieurs collègues, difficile à prouver, et donc difficile à sanctionner.
Un impact très net sur notre métier
« Je ne sais plus comment entraîner mes élèves. Impossible à la maison, pas le temps en classe »
Pour une majorité de collègues, les IA génératives, à l’heure actuelle, ont un impact négatif sur notre travail, même si un.e enseignant.e souligne que « ces outils peuvent avoir un intérêt pour notre travail et dans la pédagogie, notamment pour les élèves à profil particulier (dys) ».
« Cette innovation, et le numérique en général, remet en question le sens de notre travail et surtout ce que l’institution et les familles attendent de nous (apprentissage et restitution de contenus) »
Bricoler des solutions… seul.e
Les collègues sont seul.e.s pour gérer les situations de triche, et, en l’absence de consignes officielles, bricolent.
« Je ne punis pas l’usage de l’IA à la maison, mais je demande aux élèves d’être assez intelligents pour que je ne le remarque pas ! Ce qui veut dire qu’ils ne peuvent pas faire un copier coller de ce que donne l’IA mais doivent retravailler le rendu voire utiliser l’IA comme un outil et rester, eux, au centre du travail ainsi généré. »
Les cas de triche peuvent occasionner des difficultés avec les parents.
Mais globalement, et heureusement, les collègues se sentent soutenu.e.s par leur chef.fe d’établissement.
Plusieurs collègues réclament des applications de détection, d’autres proposent qu’on empêche les élèves d’accéder au web en classe, en récupérant leurs téléphone ou en employant des brouilleurs d’ondes.
La solution trouvée par beaucoup consiste à ne plus donner de travaux notés à faire à la maison.
Il est très probable que des collègues ne sont pas conscients du fait que de nombreux exercices notés sont réalisés par des IA: cela crée une rupture d’équité pour les élèves.
Ne plus donner devoirs notés pose cependant problème : un devoir non noté est souvent bâclé par les élèves obsédé.e.s par les notes.
Les élèves n’ayant plus de devoirs à faire à la maison écrivent moins, s’entraînent moins, et progressent donc moins.
Ce n’est pas le cas de celles et ceux à qui leurs parents paient des cours particuliers, des jeunes issu.e.s souvent de familles favorisées.
Tant pis pour les plus pauvres ? Ce n’est pas acceptable.
Alors, que faire ?
La nécessité de repenser les évaluations
Des collègues expriment le désir qu’une réflexion soit menée sur les évaluations, que les formes d’évaluations soient modifiées.
Il faut une réflexion sur les épreuves du bac, qui reposent sur un travail accompli sans l’aide d’une IA, ce qui nécessite des entraînements qu’il faut désormais faire en classe, ce qui met constamment l’enseignant face à un dilemme : avancer dans le cours ou permettre aux élèves de pratiquer l’écrit ?
« Aujourd’hui leur faire apprendre des notions très basiques, simples, par cœur, ça n’a plus vraiment de sens depuis 2 ans… »
Une constante : le besoin de formation et d’information des enseignant.e.s
« On ne peut éviter l’IA donc il faut apprendre à s’en servir et à détecter les travaux non humains. »
Les collègues expriment massivement un besoin de formation, et certain.e.s précisent d’ailleurs que ces formations devraient avoir lieu pendant le temps de travail.
« Si c’est pour avoir encore une formation en visio de 15 à 18 h un mercredi après- midi, ça ne m’intéresse pas. »
Rares sont les collègues qui ont suivi une formation sur les IA génératives.
Hasard du calendrier, la DRANE de Nice propose quatre formations sur ce sujet en janvier… le mercredi après-midi.
Un.e collègue réclame que nous ayons toutes et tous des abonnements aux versions payantes des IA génératives, de façon à avoir un train d’avance sur les élèves.
Former également les élèves
Une collègue propose la création d’une nouvelle discipline chargée de former à « l’utilisation pertinente des ressources internet – moteurs de recherche, réseaux sociaux, ia, etc »
Un.e autre suggère qu’on apprenne aux élèves à rédiger des prompts – ce qui supposerait que nous soyons toutes et tous formé.e.s.
En guise de conclusion…
L’impact des IA génératives sur nos métiers est net.
Nous avons besoin de formations, d’informations.
Il nous faudra probablement aussi parvenir à unifier nos pratiques, c’est une question d’équité pour nos élèves.
Les participant.e.s à l’enquête
Nous remercions chaleureusement les collègues qui ont répondu à cette enquête.
Et enfin…
Les politiques sont conscients du fait qu’avec l’émergence des IA, l’École vit un changement majeur : un rapport récent de la Délégation à la prospective en témoigne.
Ce rapport est conséquent, comme le montre son sommaire.
Mais il s’agit de prospective, or l’IA ne relève plus de la science-fiction, elle est employée au quotidien par les élèves du Second degré, et il y a urgence à accompagner et à informer les personnels.