Droits des femmes : des conquêtes fragiles, une vigilance indispensable

8 mars, Journée internationale des droits des femmes.

Le 8 mars n’est pas une fête. C’est une journée de lutte, de mobilisation et de solidarité internationale. Une journée pour rappeler que les droits des femmes ne sont jamais acquis, qu’ils se conquièrent, se défendent et se renforcent collectivement.

À l’heure où les inégalités persistent et où les reculs progressent dans le monde, la CFDT réaffirme son engagement pour l’égalité réelle, au travail comme dans la société.

De la Révolution française aux conquêtes du XXᵉ siècle : un long chemin vers l’égalité

L’histoire des droits des femmes en France est marquée par des avancées majeures… et de longues périodes d’invisibilisation.
Quelques dates.

1791 : Olympe de Gouges, pionnière oubliée

Avec sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges affirme que « la femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits ». Pourtant, la Révolution refuse la citoyenneté politique aux femmes, Olympes de Gouges sera guillotinée et son combat sera effacé pendant plus d’un siècle.

1804 : le Code civil consacre l’infériorisation

Le Code Napoléon fait de la femme « une mineure » (caractérisée par une incapacité juridique) et la place sous l’autorité du mari : impossibilité de travailler sans son accord, incapacité juridique, contrôle sur les biens. Il faudra attendre 1965 pour que les femmes puissent ouvrir un compte bancaire et exercer une activité professionnelle sans autorisation.

1944 : le droit de vote, enfin

Il est inscrit dans l’ordonnance du 21 avril 1944 et les Françaises votent pour la première fois un an plus tard lors des élections municipales d’avril 1945. Une conquête tardive, mais fondatrice.

1967–1975 : disposer de son corps

  • 1967 : la pilule contraceptive est légalisée par la loi Neuwirth
  • 1975 : dans la continuité des revendications du MLF au début des années 70, du « Manifeste des 343 » paru dans le Nouvel Observateur en avril 1971 et du Procès de Bobigny en 1972 pendant lequel plaide Gisèle Halimi, Simone Veil, alors ministre de la Santé, défend et fait voter à l’Assemblée Nationale la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse. Ces avancées transforment profondément la vie des femmes.

Début des années 80 : définition juridique du viol et égalité salariale

  • 1980 : à la suite du procès public d’Aix, procès aux assises de violeurs pendant lequel plaide à nouveau Gisèle Halimi, le viol est défini dans la loi comme une agression sexuelle impliquant « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte ou surprise ».
  • 1983 : si le principe de l’égalité de rémunération « pour un même travail ou un travail de valeur de valeur égale » est posé par la loi en 1972, c’est la loi dite Roudy, de juillet 1983, qui transpose la loi européenne et réaffirme le principe de l’égalité dans tout le champ professionnelle.

Années 2000–2020 : parité, lutte contre les violences, égalité professionnelle

Les lois se succèdent pour renforcer la parité politique (1999), lutter contre les violences sexistes et sexuelles, réduire les écarts de salaires et protéger les victimes.

  • 1994 : la loi pour l’égalité réelle entre les hommes et les femmes, portée par Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des Femmes, se veut la plus globale possible et aborde l’égalité Femmes – Hommes dans toutes ses dimensions.
  • 2024 : après plusieurs lois visant à renforcer le droit à l’avortement, à créer le délit d’entrave, la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse est inscrite dans la constitution.

Où en est-on aujourd’hui ? Les constats des institutions françaises

Malgré les progrès, les inégalités persistent. Les données institutionnelles sont sans appel.

Le Haut Conseil à l’Égalité (HCE)

Dans son rapport 2024 sur l’état du sexisme, le HCE constate :

  • un sexisme “banalisé” qui reste massif ;
  • une hausse des violences sexistes et sexuelles ;
  • une montée des discours antiféministes et masculinistes, notamment en ligne ;
  • des inégalités professionnelles persistantes (écarts de salaires, de promotions, de retraites).

Quelques extraits du rapport 2026

Deux types de sexisme cohabitent : le sexisme paternaliste qui s’impose de manière omniprésente et acceptée, déployé « sous couvert de protection, de bienveillance ou de valorisation des rôles traditionnels » et le sexisme hostile « marqué par une dévalorisation systématique des femmes, une méfiance à leur égard et parfois une justification de comportements discriminatoires et violents ».

Le Défenseur des droits

Ses rapports montrent :

  • des discriminations persistantes dans l’emploi, particulièrement envers les femmes enceintes et les mères ;
  • un non-recours important aux droits ;
  • des inégalités d’accès à la justice pour les victimes de violences.

Les enquêtes de victimation du Ministère de l’Intérieur

Les données “Cadre de vie et sécurité” révèlent :

  • une augmentation des plaintes pour violences conjugales ;
  • une sous-déclaration massive des violences sexuelles ;
  • une vulnérabilité accrue des jeunes femmes, particulièrement exposées aux agressions.

Le Centre Hubertine Auclert

L’Observatoire francilien des violences faites aux femmes documente :

  • les féminicides,
  • les cyberviolences sexistes,
  • l’impact des stéréotypes de genre dans l’éducation,
  • la diffusion des discours masculinistes auprès des jeunes.

Ces données convergent : les violences augmentent, les résistances progressent, et les droits restent fragiles.

A niveau des salaires et des pensions, les inégalités persistent toujours et encore.

Une étude de l’INSEE de 2023 montre que les femmes représentent 42 % des postes salariés du privé en équivalent temps plein, mais seulement 24 % des 1 % des postes les plus rémunérés. Elles gagnent en moyenne 22% de moins que les hommes.

 

Concernant la Fonction publique, les disparités sont les mêmes : les femmes fonctionnaires dans un ministère perçoivent en moyenne une rémunération mensuelle brute de 3’732 euros, inférieure de 442 euros à celle des hommes (4’174 euros), soit une différence de 10,6 %.

De manière « logique », les écarts se retrouvent au niveau des pensions de retraites.

in « Pensions de retraite : écarts entre les femmes et les hommes » – p.136

Malgré la constitutionnalisation de l’IVG en 2024, les difficultés d’accès sont persistantes : déserts médicaux, fermetures de centres, délais d’attente trop longs.

Dans le monde : des reculs inquiétants

Dans de nombreux pays, les droits des femmes accusent des reculs inquiétants.

Pour rappel, l’égalité entre les sexes est l’un des dix-sept objectifs de développement durable de l’ONU. concernant les salaires, comme ce qui est relevé en France, l’ONU Femmes pointe les écarts salariaux entre les femmes et les hommes a l’échelle mondiale, écart salarial de 20% en moyenne en défaveur des femme.

En 1995, à Beijin, lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, sont adoptés la Déclaration et le programme d’action de Beijin pour l’autonomisation des femmes.
Mais le rapport 2025 de l’ONU Femmes, « Le point sur le Droits des Femmes, 30 ans après Beijin » est sans appel : plus d’un gouvernement sur quatre en 2024 fait état d’un recul du droit des femmes.

Si depuis 30 ans la législation a évolué dans le monde, les femmes ne bénéficient que de 64% des droits des hommes et 60 millions d’adolescentes n’ont pas accès à l’éducation (rapport du Secrétaire général)

A l’occasion du 08 mars 2026, l’ONU Femmes alerte : « Aucun pays dans le monde n’est parvenu à instaurer la pleine égalité juridique pour les femmes et les filles ».

Concernant le recul des droits des femmes ces dernières années, les quelques exemples suivants n’en sont qu’une faible part :

  • Aux États-Unis, en 2022, la Cour suprême annulait l’arrêt Roe vs Wade et décrétait par cette décision que le droit à l’avortement n’était pas un droit constitutionnel. Les État les plus conservateurs sont revenus sur leur législation et interdisaient l’avortement. Au-delà de l’interdiction de l’avortement en lui-même, dans certains États, on assiste à un recul d’un certain nombre d’actes médicaux, les médecins redoutant des poursuites et répercussions judiciaires.
  • En Pologne, le « compromis de 1993 » puis la loi de 2020 ont presque interdit l’avortement.
  • En Hongrie, le gouvernement de Viktor Orbán a imposé aux femmes qui veulent avorter d’écouter les battements de cœur du fœtus.
  • En Iran, en Afghanistan, les défenseuses des droits humains sont menacées, emprisonnées ou réduites au silence.
  • Les conflits armés aggravent les violences sexuelles et les discriminations.

Les rapports d’ONU Femmes, du Conseil de l’Europe et d’Amnesty International alertent sur une tendance mondiale : les droits des femmes sont devenus une cible politique.

Focus : la montée des mouvements masculinistes

Les mouvements masculinistes, partout dans le monde, se présentent comme défenseurs des “droits des hommes”.
En réalité, ils s’opposent frontalement aux avancées féministes.

Une idéologie réactionnaire

Leur discours repose sur :

  • l’idée que “le féminisme serait allé trop loin”,
  • la prétendue “discrimination des hommes”,
  • la nostalgie d’un ordre social hiérarchisé.

Une influence croissante, notamment en ligne

Les études du Centre Hubertine Auclert et du HCE montrent :

  • une forte présence sur les réseaux sociaux,
  • une diffusion auprès des adolescents,
  • des liens avec les communautés incels, MGTOW et autres groupes antiféministes.

Un enjeu syndical majeur

Ces discours :

  • alimentent les violences sexistes et sexuelles,
  • freinent les politiques d’égalité en entreprise,
  • renforcent les résistances aux formations obligatoires (harcèlement, égalité pro).

La CFDT doit les combattre, par la pédagogie, la prévention et la mobilisation collective.

Le rôle de la CFDT : agir, protéger, transformer

La CFDT est engagée depuis longtemps pour l’égalité réelle.

Nos priorités sont claires :

  • Lutter contre les discriminations au travail
  • (embauche, carrière, maternité, temps partiel subi).
  • Négocier l’égalité salariale et les conditions de travail.
  • Prévenir les violences sexistes et sexuelles dans les entreprises et les administrations.
  • Former les militant·es, accompagner les victimes, faire respecter les droits.
  • Mobiliser le 8 mars pour rappeler que l’égalité n’est pas un slogan, mais un combat quotidien.

Conclusion : rien n’est jamais acquis

Simone de Beauvoir nous avertissait :

« Il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. »

Nous y sommes.

Face aux reculs, aux violences, aux discours antiféministes, la mobilisation est indispensable.

La CFDT continuera d’agir, dans les entreprises comme dans la société, pour que l’égalité devienne une réalité, pour toutes et partout.

ACTUALITÉ : 3e COLLOQUE TRANSAZUR

Droits des personnes trans

TransAzur revient pour son 3ᵉ colloque le 28 mars !

Une journée pour faire avancer concrètement l’accès aux soins des personnes trans dans les Alpes-Maritimes et le Var.

Au programme : décryptage des nouvelles recommandations de la HAS, focus sur la santé sexuelle, lutte contre les discriminations. Avec une après-midi pratique d’approfondissement pour les professionnel.les de santé mais aussi pour les alliées et les personnes concernées. Avec un fil rouge clair pour la journée : l’affirmation et l’empouvoirement des personnes trans.